Catriona MacColl
Catriona MacColl

On connaît tous le visage de Catriona MacColl, mais beaucoup d’entre nous ont oublié la couleur de ses yeux. Lorsque les traits saillants, les pommettes hautes encadrées par de longues mèches blondes viennent à l’esprit des amateurs de Fulci, nul doute qu’une absence troublante vient faire désordre dans ce portrait de femme fatale. Les yeux. Embués de larmes de sang, ces yeux obsédants sont ceux de Catriona MacColl, telle qu’immortalisée dans Frayeurs(1980) de Lucio Fulci.

Catriona MacColl est née en 1954 à Londres. La jeune fille, d’origine galloise, se passionne dans un premier temps pour la danse avant de se lancer dans le cinéma. En 1979, Jacques Demy se lance dans la production de Lady Oscar, une adaptation du célèbre manga de Riyoko Ikeda se déroulant dans la France du XVIII° siècle. Si l’héroïne éponyme a les yeux bleus sur papier, Demy s’entend dire « she’s the girl » par ses producteurs japonais face à une photo de cette inconnue aux grands yeux noisettes. Les producteurs, comptant lancer un nouveau visage pour vendre tout et n’importe quoi, ont tout misé sur la Beauté. Imposée, McColl en impose. Surnageant dans le marasme de cette bouffonnerie en costumes cousus de technicolor passé, la jeune femme joue tant bien que mal, mais n’est jamais aussi évocatrice que lorsque elle cesse d’exprimer. C’est là tout le mystère de Catriona MacColl, que Lucio Fulci ne va pas tarder à saisir.

En 1980, Lucio Fulci va tourner Frayeurs, film d’horreur expérimental librement basé sur les écrits d’Howard Philip Lovecraft, scénarisé par le tumultueux Dardano Sacchetti. Il cherche une actrice capable de reprendre le type de rôle offert à Jennifer O’Neill quelques années plus tôt dans L’Emmurée Vivante. Une actrice impénétrable, possédant une beauté faisant masque ; capable d’incarner un des deux pôles de cette dialectique entre la perfection et la décomposition que le Maestro va inaugurer avec ce film. Car si dans L’Emmurée Vivante Jennifer O’Neill faisait face au film seul se désagrégeant – dans une série de visions, images cinématographiques pures venant la frapper sans raison – ce sont maintenant les corps qui vont rentrer dans la danse macabre, et bientôt subir le même éclatement que la structure narrative classique. Pour incarner cette femme, cette voyante, dernier rempart de l’humanité face au chaos, Fulci choisit Catriona MacColl.

Dans le rôle de Mary Woodhouse, une femme douée de pouvoirs psychiques s’alliant avec un journaliste plus terre à terre (Christopher George dans le rôle de Peter Bell), Catriona MacColl fait merveille. Frappée dès l’ouverture du film par la terrible vision d’un prêtre se suicidant au milieu d’un cimetière embrumé, Mary n’aura de cesse d’être assaillie par des visions d’horreurs de plus en plus paroxystiques, qui viendront s’incarner dans les tréfonds de la ville de Dunwich, donnant droit sur l’Enfer. Elle pleurera des larmes de sang, signes d’une victoire (passagère ?) du Mal, signes de l’incapacité du regard à soutenir le monde qui ploie devant lui, se déchire et se dégueule en une succession de vignettes grotesques.

Après cette première tentative réussie, Fulci reprend Catriona MacColl pour L’Au-delà qui deviendra son film le plus connu. L’actrice incarne la belle Liza Merril, une jeune femme ayant hérité d’un hôtel se trouvant… sur une des portes de l’Enfer, suite aux manipulations malencontreuses d’un artiste sorcier crucifié par la population locale. La collaboration se fait donc dans la droite lignée de l’effort précédent, mais c’est avec L’Au-delà que MacColl accède au statut d’icône, dans le sens premier du terme. Elle est une figure représentant une donnée abstraite, une idée intellectuelle de la Femme. Elle est ce bloc visuel pur qui, dans le désordre des sensations orchestré par Fulci, s’articule avec une vision du sexe faible comme gardien des perceptions irrationnelles. L’homme n’est plus qu’un animal couard, veule, incapable de comprendre le nouvel ordre qui l’entoure, prisonnier de sa logique et de ses a priori, tandis que la femme regarde et voit. Jusqu’à l’aveuglement…

Clôturant sa trilogie « de la mort vivante » - telle que définie par Stéphane du Mesnildot – Fulci tourne en 1981 La Maison Près du Cimetière. Ce sera sa dernière collaboration avec Catriona MacColl, un film souvent sous-estimé dans lequel l’actrice galloise incarne Lucy Boyle, une mère de famille aux prises avec une mystérieuse créature vivant dans les sous-sols de sa maison. Toute en regards hallucinés, en bouche entrouverte et en phrases traînantes, MacColl achève la création de cette entité cinématographique, ce double d’elle-même qui pour toujours la poursuivra. Devenue égérie hitchcockienne d’un réalisateur au summum de son art, MacColl décide de partir, pour tourner dans des séries, des téléfilms et des navets. Fulci ne s’en remettra jamais vraiment, et ne cessera de chercher de nouveaux avatars à cette idée du féminin qu’avait si bien incarnée MacColl.

Dans les années 2000 Catriona MacColl fait une apparition remarquée dans le Saint-Ange de Pascal Laugier, le réalisateur payant ainsi son tribut à Lucio Fulci. De façon plus étonnante pour le fan de film d’horreur – mais en totale cohérence avec la carrière ambivalente de l’actrice – on a aussi pu voir Catriona dans quelques épisodes de la série Plus Belle la Vie.

Filmographie Catriona MacColl


Filmographique sélective

Lady Oscar (1979) Jacques Demy
Frayeurs (1980) Lucio Fulci
L’Au-delà (1981) Lucio Fulci
La Maison près du Cimetière (1981) Lucio Fulci
Mangeuses d’Hommes (1988) Daniel Colas
Trois places pour le 26 (1988) Jacques Demy
Saint-Ange (2004) Pascal Laugier

 




 

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